26 février 2024

Avis manga : Le clan des Poe (Tome 1)

Aujourd’hui une chronique sur un titre de la nouvelle collection de licences des éditions AKATA : la collection « Héritages ». Pour rappel, avec cette collection, les éditions AKATA souhaitent remettre en avant des titres dits « patrimoniaux » et qui ont su marquer l’histoire du manga au Japon. Accompagnés d’une édition particulière (grand format avec couverture souple, pages couleurs, bonus divers), ces récits seront l’occasion de (re)découvrir certains auteurs et leurs grands classiques.

Et c’est l’œuvre Le clan des Poe (Poe no Ichizoku en japonais) qui ouvre le bal de cette collection « Héritages », une grande série de la carrière incontournable de Moto Hagio et qui a chamboulé le monde du Shojo.

Un clan mystérieux et inaccessible

Quelque part en Angleterre en 1744Edgar et Marybelle, enfants illégitimes d’un aristocrate, sont abandonnés au fond des bois… Ils sont alors recueillis par la mystérieuse Hannah Poe. Mais cette dernière, issue d’un clan nimbé de mystères, cache un secret… Quelques années plus tard, le jeune Edgar découvre ce dernier : le Clan des Poe dont fait partie sa « mère » adoptive est constitué de vampanella, des êtres immortels qui se nourrissent du sang des humains. Dès lors, les vie d’Edgar et de sa soeur seront bouleversées à jamais…

Le mythe du vampire est de retour vous l’aurez compris, et toute la panoplie qui l’entoure. Un récit tragique, mélancolique et fantastique. Toutefois, le clan des Poe adopte une tonalité particulière, très lyrique. Un lyrisme et une fascination principalement tournés vers les membres Poe, et plus spécifiquement vers Edgar Poe. Le personnage d’Edgar est un personnage comme j’en ai rarement vu. Je ne sais toujours pas si je suis fascinée ou bien terrifiée par lui… Un personnage travaillé, torturé, solitaire qui me questionne fortement.

On est attiré par les membres du clan Poe comme les insectes sont attirés par les flammes. C’est dangereux et pourtant on ne peut s’en empêcher.

Une dynamique narrative tout aussi mystérieuse que ce clan. Sans ordre chronologique, les chapitres s’enchainent et nous présentent une histoire centrée sur un des membres du clan Poe. A noter toutefois que le 1er chapitre est fondateur du récit et commence très fort. C’est réussi, on est directement (et dangereusement) piqué.

Une recette composée de romantisme, de mélancolie et de solitude

Plus que le scénario, c’est l’ambiance qui m’a le plus fascinée. Surprise à de nombreuses reprises par la tonalité donnée au titre, je n’ai cessé d’être attirée par cet univers si lointain. Ne distinguant jamais très clairement la réalité du rêve, je me suis laissée porter par le récit.

Il y a énormément de poésie retranscrite dans les chants de personnages, mais également dans le style de planches. Des personnages élancés, parfois oniriques, les cheveux flottant au milieu de jardins de roses rouges à perte de vue… Envoutant est le maître mot.

On y parle également de l’Amour. Celui avec un grand A et qui prend aux tripes. Celui qui est associé à la mort, à la perte et au deuil. Ou bien, pour les plus malchanceux, à l’éternelle solitude. Le fait d’avoir plusieurs histoires qui ne se suivent pas dans le temps vient appuyer la longueur du temps qui passe pour le protagoniste Edgar. Le genre de personnage qui se construit dans la difficulté. Il se sublime et se révèle à travers la douleur.

Le clan des Poe : une œuvre des années 70

Rien qu’en le feuilletant on se prend en pleine face les dessins types « Shojo à l’ancienne ».

Un cadre visuel qui m’a été parfois difficile à suivre car il répond à certains codes du Shojo, qui plus est, oldschool. C’est pourquoi, à certains moments, j’ai dû m’y reprendre pour comprendre le sens de la lecture…En effet, la narration est parfois brute, il n’est alors pas évident de suivre l’entièreté du propos.

De la même manière, certaines situations sont vraiment en mode « drama » (le thème du romantisme s’y prête ma foi), et à un point que cela m’a fait sourire ! Me rappelant des représentations théâtrales de grands classiques. Une signature graphique très belle et originale. C’est clairement au niveau du style graphique que j’ai été challengée. Ça été une expérience de lecture singulière, mais très appréciable.

Pour finir, côté édition, le format proposé est intéressant. Notamment au niveau du contenu en préface qui est riche et apporte une réel plu value à cette collection « héritage ». Et également au niveau de la galerie d’illustrations en fin de tome qui sont sublimes. On regrette juste l’épaisseur du papier qui, malheureusement, est particulièrement fin.

Le clan des Poe serait-ce un rêve lointain ? Une illusion derrière ce brouillard épais aux notes florales ? Je me pose encore la question… c’est absolument fascinant. Ma note : 16.5/20.

A bientôt,
Chloé