24 juin 2024

Avis manga : Escale à Yokohama (Tomes 1-7)

Aujourd’hui, nous nous arrêtons sur un titre tranche de vie culte au Japon et qui fut longtemps attendu en France : Escale à Yokohama. Prépublié dans le magazine Afternoon de Kôdansha de 1995 à 2006 au Japon, ce Seinen débarque en France en 2021 grâce aux éditions Meian. Escale à Yokohama, une sublime œuvre tranche de vie aux notes SF, comptabilisera 14 volumes (12 actuellement disponibles) et est signée ASHINANO Hitoshi.

Un monde post-apocalyptique, Alpha et un café

Alpha tient un petit café, à l’écart de la ville. Le temps s’y écoule paisiblement, comme si plus rien n’avait d’importance… Entre deux approvisionnements à la ville de Yokohama, elle observe le monde, regarde le soleil se lever puis se coucher, et profite du temps qu’elle passe avec ses rares clients. Malgré les apparences, la belle Alpha est un robot, et cela fait bien longtemps qu’elle est là. Jour après jour, elle attend patiemment le retour de son maître, en jouissant tranquillement de la vie qui lui a été offerte…

Dans ce monde post-apocalyptique où la civilisation semble en déclin, nous y retrouvons parfois certains repères de notre monde actuel (comme le mont Fuji), et parfois pas du tout. Au-delà de ça, réalité et rêve viennent régulièrement s’entrecroiser, s’amusant à brouiller les repères du lecteur en ne formant parfois qu’une seule entité. Le dépaysement est total et on se laisse bercer par le train-train quotidien d’Alpha. Le rythme de la narration se cale parfois sur sa gestion du café, ou bien sur des rencontres et des échanges avec des personnages divers et variés. Des personnes ayant chacun un bagage différent : plus âgé, plus chill, plus rêveur, plus solitaire…

Mais n’oublions pas que les principales vadrouilles d’Alpha sont motivées par son souhait de photographier les environs qui lui plaisent, et les instants dont elle souhaiterait se souvenir éternellement. Et oui, le temps passe, il nous file entre les doigts…

Une perle de Mono no aware

Mono no aware ? Quésaco ? Mono no aware est un concept esthétique et spirituel japonais, pouvant être traduit comme « la sensibilité pour l’éphémère ». Cela reste toujours abstrait pour vous ? Et bien, lisez Escale à Yokohama et ce concept vous explosera à la figure.

On ressent clairement ici la notion du temps qui passe. Toutefois, au cours de la lecture, le temps parait comme suspendu. Juste le temps de la lecture. Des pensées nostalgiques parfois pleines de regrets, et parfois pleines de bons souvenirs. Le temps avance, et la vie qui l’accompagne également. Alpha n’est peut-être qu’un robot, et pourtant elle ne cesse d’évoluer et de se façonner face à ce monde qu’elle découvre. Régulièrement nous oublions qu’elle n’est pas humaine tant son comportement est bienveillant, généreux et altruiste.

Notre repère du temps qui passe est la croissance du jeune Takahiro, enfant du voisinage, qui ne cesse de grandir au fil de notre lecture. Avec Escale à Yokohama, nous partageons et redécouvrons les moments simples de la vie. Ne vous attendez pas à avoir de grandes aventures pleines d’action. Ici, la plus grande aventure que vous trouverez sera celle d’Alpha qui part en ville acheter des grains de café. Par contre, c’est clairement une aventure du cœur. L’aventure de la Vie, tout simplement.

La fin du tome 7 promet de nouvelles perspectives pour le quotidien d’Alpha et je n’ai qu’une hâte : découvrir ce qu’il en est !

Pour finir d’appuyer ce voyage, l’édition propose des pages couleurs, en papier glacé, qui sont sublimes. Des couleurs pastel, douces, qui appellent au silence et à la contemplation. Le dessin typé années 90 très caractéristique est plein de charme. Beaucoup de planches sans texte, où nous suivons Alpha à travers ces paysages bercés de poésie. C’est un véritable bonbon sucré ce titre, qui appelle à la déconnexion totale !

Escale à Yokohama est un superbe titre. L’évasion avec un grand E ça se passe ici. Le temps file et nous échappe, mais parait comme suspendu lors de cette lecture. Profitons de ces instants, de ces paysages, de ce voyage aux côté d’Alpha, un robot plein de bonté et de curiosité ! Ma note : 16.5/20.

A bientôt,
Chloé