7 octobre 2022

Avis manga : Les chefs-d’œuvre de Junji Ito – Tome 1

Savez-vous que le monde du manga a son propre Stephen King? Il s’agit de Junji Ito. Au cours de sa prolifique carrière débutant en 1987, ce maître de l’horreur a prépublié ses histoires dans différents magazines dont Monthly HalloweenNemuki et Big Comic Spirits. Son premier manga, Tomie, a remporté une mention spéciale du Prix Kazuo Umezu. Le mangaka a été récompensé aux États-Unis par trois Prix Eisner, qui sont décrits comme les Oscars de l’industrie de la bande dessinée. Son premier est en 2019 pour la meilleure adaptation d’un autre médium avec le manga Frankenstein. Les deux autres sont pour Rémina la planète de l’enfer en 2021 au titre du meilleur écrivain/artiste et de la meilleure édition américaine d’un ouvrage asiatique. Les chefs-d’œuvre de Junji Ito sont des recueils de nouvelles publiés en français par Mangetsu en deux tomes.

Le tome 1 regroupe une dizaine d’histoires courtes sélectionnées par le mangaka en personne et présentées selon l’ordre de publication originale. Dans Le Vieux Vinyle, un enregistrement semble avoir un bien étrange effet envoûtant sur qui l’écoute. Avec Frissons, le lecteur découvre une malédiction effroyable provoquant de nombreux trous dans le corps. Un jeune homme est tourmenté par Le Mannequin d’un magazine au physique pour le moins… particulier. Les apparences sont-elles trompeuses? Peu de temps après la nouvelle du suicide d’une jeune starlette, Les Ballons pendus semblables à des visages humains sont aperçus dans le ciel. Dans Le Castelet, Junji Ito questionne le libre arbitre lorsque les retrouvailles d’une famille de marionnettistes ne se déroulent pas comme prévu.

Qui est vraiment en contrôle? Le Peintre veut tenter de retranscrire toute la beauté d’une jeune femme sur un tableau. Il s’agit du début de ce qui deviendra l’intégrale Tomie qui est aussi disponible chez Mangetsu. Je vous laisse découvrir par vous-mêmes les quatre autres nouvelles du volume, soit Un Rêve sans finLa LignéeLipidémie et Le Mannequin — Cadrage maudit.

Les chefs-d’œuvre de Junji Ito : une collection horrifique saisissante

Les résumés précédents peuvent parfois sembler saugrenus. Il faut savoir cependant que Junji Ito possède l’habileté assez incroyable de rendre l’impossible probable. Ses dessins sont d’un niveau de détails remarquable et c’est ainsi que le lecteur tombe dans son piège. On se surprend donc à embarquer totalement dans le délire du mangaka.

L’horrifique n’en est que plus bouleversant par la suite. Je n’ai pas seulement apprécié ma lecture, j’étais totalement englouti. Avertissement cependant pour les plus curieux d’entre vous, vous n’aurez pas la réponse à toutes vos questions. Habituellement, Junji Ito termine abruptement au point culminant du récit. Ça permet de garder l’aura de mystère autour du scénario et contribue sans nul doute à faire de ses histoires des réussites.

À mon avis, les différents bonus offerts dans ce recueil sont bien intéressants. Il y a tout d’abord la préface d’Alt236 et l’analyse de Morolian pour finir. Entre les deux, on retrouve des croquis et des notes préparatoires traduites. J’ai apprécié tout particulièrement les commentaires de Junji Ito qui suivent chacune des nouvelles. Ces courts passages toujours pertinents permettent de comprendre l’influence surprenante de la vie quotidienne sur l’écriture du mangaka. Que cela soit au sujet d’un jardin voisin, du ballet ou encore de l’attaque d’un requin dans l’actualité.

Les chefs-d’œuvre de Junji Ito est l’introduction parfaite aux travaux du maître de l’horreur. Âmes sensibles s’abstenir, car certaines planches pourraient vous poursuivre jusqu’à hanter vos nuits. Ma note : 20/20